Dans le couloir : une joute conjugale mémorable

C’est un instant suffisamment rare au théâtre pour être souligné : la rencontre parfaite entre une écriture, une mise en scène et son interprétation. C’est précisément ce qui se produit au Théâtre Hébertot avec Dans le couloir, de Jean‑Claude Grumberg, mis en scène par Charles Tordjman et porté par les immenses Jean‑Pierre Darroussin et Christine Murillo.

En réponse, le public, qui retrouve son âme d’enfant, applaudit à tout rompre d’une scène à l’autre, jusqu’au salut où ses bravos redoublent lorsqu’il apprend la présence de l’auteur dans la salle, en ce soir de première.

Le point de départ pourtant très simple de l’intrigue a de quoi laisser le spectateur dubitatif lorsqu’il entre dans le théâtre : un couple d’octogénaires ronchonnant, posté devant la chambre de leur fils quinquagénaire, « aux cheveux blancs », qu’ils hébergent pour dépanner mais qu’ils n’osent déranger.

Grinçant et tendre à la fois

Avec un brio et une dextérité déjà maintes fois salués, Jean‑Claude Grumberg (L’Atelier, Dreyfus, Zone libre…) tire le fil de cette pelote improbable et crée un objet rare, mêlant sans cesse humour et émotion. Grinçant et tendre à la fois.

Et de quoi parlent ces vieux, l’un au dos croulant, l’autre à l’oreille défaillante ? De la jeunesse, bien sûr. Des générations qui leur succèdent : enfants, petits‑enfants, voire arrière‑petits‑enfants. Un bilan guère joyeux. Depuis quand ont‑ils perdu le lien avec ces derniers, envolés aux quatre coins du monde ?

Cette pièce, presque testamentaire, interroge l’avenir par le prisme du quatrième âge sous couvert de railleries et de chamailleries constantes. Les dialogues ciselés fusent. Le metteur en scène comme les comédiens ont trouvé leur petite musique et tirent miel de toute la richesse corporelle et psychologique qu’offre la pièce. La complicité avec le public leur est acquise d’emblée — et ne les quittera plus.

Des comédiens au sommet

Peu à peu, le tricotage émotionnel s’intensifie jusqu’au monologue final de Darroussin. Bouleversant. Quel avenir, quel héritage moral laisse‑t‑il à ses survivants ? Face à lui, Christine Murillo, dans un duo rappelant Signoret face à Gabin dans Le Chat (1971), nous régale de ses réactions tour à tour maternelles, horrifiées, désabusées ou invisibilisées. Son pas, son costume, son phrasé, tout comme ceux de son partenaire, sont incarnés avec une précision quasi chirurgicale.

Le décor conçu par Vincent Tordjman, avec ses grands murs épais et ses portes obstinément fermées, illustre à merveille le titre, évoquant un espace de transition, clos, arène idéale pour la joute conjugale qui s’y joue.

Impossible de ne pas tomber sous le charme de cet objet à la fois drôle, tendre et profondément humain. À l’heure où tant de spectacles recherchent l’esbroufe, celui‑ci choisit la délicatesse et l’authenticité — et touche en plein cœur. On ne peut que recommander d’y courir : de telles raretés théâtrales ne se manquent pas.

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📌 Théâtre Hébertot
📅 À partir du 24 janvier 2026
🕖 Du mercredi au samedi à 19h
🕠 Le dimanche à 17h30

🎟️ Une pièce de Jean‑Claude Grumberg
🎬 Mise en scène : Charles Tordjman
👥 Avec Jean‑Pierre Darroussin & Christine Murillo

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