Potiche : Quand le boulevard reprend le pouvoir !

Énergie pétillante, humour ravageur et élégance vintage : Potiche au Théâtre Libre ressuscite le meilleur du boulevard et nous rappelle à quel point le rire peut être un acte de liberté.

Avec Potiche, actuellement à l’affiche du Théâtre Libre, Charles Templon réussit un tour de force rare : ressusciter l’esprit pétillant, libre et virevoltant des grandes comédies de boulevard des années 70-80, celles de Jacqueline Maillan et de toute une génération qui a façonné un certain art de la légèreté intelligente. La pièce, créée en 1980 et devenue un classique du duo Barillet & Grédy, retrouve ici son énergie d’origine tout en résonnant étonnamment avec notre époque.

Dès l’ouverture, l’œil est happé par un décor imposant, kitsch à souhait, signé Nicolas Delas : un salon bourgeois aux murs saturés de motifs floraux, un immense canapé central, des couleurs délibérément too much, qui plantent immédiatement l’univers d’une bourgeoisie de province engoncée dans ses certitudes. Le respect de l’époque — les années 70 — est assumé et sert pleinement le propos, y compris dans les costumes et l’esthétique sonore.

Une pièce d’acteurs, exigeante et parfaitement tenue

La pièce est connue pour être une partition dense, rapide, redoutablement comique — et ici, chaque comédien s’en empare avec brio.
Clémentine Célarié est magistrale dans le rôle de Suzanne Pujol, cette épouse « potiche » d’industriel réactionnaire qui, contrainte de reprendre l’usine, se révèle une femme de pouvoir lumineuse, compétente et aimée de tous. Son énergie ardente, déjà soulignée par la communication du spectacle, éclaire littéralement la scène.

Face à elle, Philippe Uchan campe un Robert Pujol irrésistible de mauvaise foi, d’égoïsme et de misogynie, ridiculisé comme il se doit pour mieux laisser éclore l’émancipation féminine au cœur de la pièce. Le texte, visionnaire en 1980, résonne encore aujourd’hui : l’accès des femmes aux postes de pouvoir reste un sujet brûlant, et Barillet & Grédy, sous leurs rires, ne manquent jamais la critique sociale.

Paloma : un éclat singulier

Mention spéciale à Paloma (Hugo Bardin), dans le rôle de l’assistante du directeur, personnage dont la féminité exacerbée et la présence scénique délicieusement décalée apportent une modernité joyeuse au spectacle. 

Un rythme légèrement précipité, mais un public conquis

Lors de la générale presse, on a senti une légère nervosité : quelques répliques avalées, un rythme parfois trop rapide. Mais rien qui n’empêche la mécanique comique — d’une précision rare — de fonctionner pleinement. Le texte tient, la mise en scène soutient, et le plaisir de jeu est palpable.

Retour gagnant d’une comédie culte

Potiche version Charles Templon (il signe également ce moment la mise en scène de la pièce En thérapie avec Francis Huster au Théâtre Antoine) est bien plus qu’un hommage : c’est une relecture vivante, respectueuse et inspirée d’une grande comédie française. On y retrouve le rythme, l’audace et la complicité qui faisaient le sel du boulevard. Et surtout, un plaisir simple, rare, précieux : celui d’un théâtre populaire de qualité, qui fait rire sans jamais céder à la facilité.

Le public ne s’y trompe pas : les applaudissements nourris qui clôturent le spectacle sont à la hauteur du bonheur partagé.

Potiche

De Barillet et Grédy
Mise en scène de Charles Templon

Avec : Clémentine Célarié, Philippe Uchan, Hugo Bardin sous les traits de Paloma, 
Jérôme Pouly, Benjamin Siksou, Alexie Ribes et Valmont Folcher.

Lumières : Denis Koransky assisté Mathilde Monier
Décors : Nicolas Delas
Costumes : Emmanuelle Youchnovski assistée de David Rossini
Création sonore : Côme Ranjard, Benjamin Siksou, Camille Vitté 
Perruques : Dorian Jollet

Au Théâtre libre – Jusqu’au 30 avril 2026.
Infos et Résa : ici !

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