Hamlet dans les mains de Jude Law

Bientôt trois mois que le Hamlet du metteur en scène et directeur du théâtre du Donmar, Michael Grandage, se joue tous les soirs à guichets fermés sur les planches londoniennes. Hamlet, le personnage le plus complexe du théâtre shakespearien, est incarné ici par Jude Law, dont c’est le grand retour sur scène, après plusieurs années dédiées au cinéma.


Contrairement à ce que l’on serait tenté de penser, le comédien britannique Jude Law, n’est pas un débutant sur les planches londoniennes. Il a en effet commencé sa carrière par le théâtre, se frottant déjà à des rôles complexes (Dr Faustus, Dommage qu’elle soit une putain, Les Parents terribles, etc.). Eclectisme et exigence qui expliquent donc parfaitement ici la grande maîtrise de jeu du comédien.

Car Jude Law porte véritablement la pièce sur ses épaules. Comment le faire autrement ? Hamlet est présent dès les premières minutes sur scènes. Ses monologues sont nombreux et célèbres. Des tours de force que Jude Law transforme en moments de grâce, sculptant le langage shakespearien (pourtant déjà difficile d’accès pour les anglophones) et le rendant aussi beau que simple.

Ce qui frappe avant tout dans cette interprétation, c’est le mouvement incessant des mains d’Hamlet. Celles-ci permettent non seulement d’appuyer son discours, d’en souligner toute sa force, dans l’ironie comme dans son élan le plus tragique. Mais elles révèlent également toute l’ambigüité de ce personnage angoissé, assoiffé de vengeance, feignant la folie. Ainsi le jeu constant de ces mains tend à rappeler qu’Hamlet aime jouer de son entourage, tout en étant également joué, marionnette involontaire du destin. Dans les mains de Jude Law, la mise en abyme d’Hamlet n’en est que plus puissante.

Shakespeare, à l’école du West End

Mais la gestuelle du comédien ne s’arrête pas là. Comme son personnage, profondément tourmenté, il se meut avec beaucoup de souplesse et de vitesse dans ces blocs de pierres immuables qui servent de décor à la pièce. Il y a là un rapport physique au rôle évident, à la danse même, qui surprend d’emblée dans l’interprétation du comédien. Qui tranche d’ailleurs avec le jeu des personnages qui l’entourent, volontairement plus figé. Hamlet est donc ici le mouvement, le détonateur et son entourage au jeu et à l’élocution irréprochables est là, positionné comme un écrin, autour de cette figure théâtrale emblématique.

Le metteur en scène Michael Grandage est un spécialiste du théâtre Shakespearien, de nombreuses fois récompensé. Il signe ici une mise en scène à la facture très sobre, quasi dépouillée, permettant, dans le sens du travail de son comédien vedette, de faire jaillir de manière plus brutale la force du langage shakespearien, un peu à l’image de son utilisation très rare mais bienvenue de la musique pour souligner la dimension magique de ce grand rendez-vous de théâtre.

Les personnages ne portent pas de costumes d’époque mais bien les nôtres. Ils circulent pieds nus, dans un espace, sombre, intemporel. Cette tragédie se joue ici en 2009. Shakespeare est à l’école du West End, ce quartier londonien qui abrite les théâtres les plus exigeants de la capitale britannique.

L’entreprise de Michael Grandage est donc ici doublement à saluer: en se frottant à la pièce la plus difficile de Shakespeare dans une mise en scène des plus dépouillées, selon la mouvance « West End », cette nouvelle version d’Hamlet parvient à réconcilier le grand public et la critique. Le triomphe au salut n’en est que plus fort.

Hamlet

Au Wyndham’s Theatre de Londres.
En tournée prochainement au Danemark et à Broadway.
Mise en scène de Michael Grandage

Avec Jude Law, David Burke, Alan Turkington, Henry Pettigrew, Matt Ryan, Kevin R Mc Nally, Ian Drysdale, Alex Waldmann, Ron Cook, Penelope Wilton, Gugu Mbatha-Raw, Peter Eyre, Sean Jackson, John MacMillan, Gwylim Lee, Jenny Funnell, Harry Attwell, Faye Winter, Colin Haigh, James Le Feuvre.

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