L’Ecole des Femmes de Renucci : Un Molière explosif à souhait
J’avoue que le parti pris de Robin Renucci — tirer explicitement le fil féministe de L’École des femmes dans la cour du Château de Grignan — m’a d’abord surprise. Il dynamite ici, en effet, les codes du Vieux Monde, du décor à l’interprétation, portée par un François Morel en Arnolphe délicieusement odieux, un anti‑héros qui donne à penser autant qu’on adore le détester.
D’après mes souvenirs scolaires et universitaires (je rends ici hommage à mon professeur Georges Forestier, spécialiste de Molière disparu il y a deux ans), Molière n’est pas féministe au sens contemporain. Son époque encore moins. Mais L’École des femmes pointe clairement les excès du patriarcat, les mariages forcés et l’autorité masculine. En ridiculisant Arnolphe, qui maintient Agnès dans l’ignorance pour mieux la contrôler, Molière fissure l’idée d’une femme éduquée pour obéir.
Renucci, lui, pousse cette critique beaucoup plus loin, jusqu’à proposer un dénouement différent. Son Agnès, incarnée avec une énergie vive par Juliette Cahon, est volontairement plus jeune que chez Molière (elle a treize ans au lieu de 17) et gagne très vite en maturité au fil de la pièce. En cela, son émancipation est d’avantage mise en avant. Elle apparaît comme une femme qui apprend à penser par elle-même et à choisir sa vie.
Figure comique du mari jaloux et autoritaire, ridiculisé par ses propres manœuvres, l’Arnolphe de François Morel est présenté comme une incarnation des mécanismes de domination masculine et l’emprise sur les femmes. En ce sens, le comédien joue sur les deux tableaux (ridicule et qui fait débat), ce qui rend le texte plus mordant jusqu’à faire réagir le public.
Autour de lui, tout renforce cette impression : l’ironie lumineuse d’Horace (joué avec panache par François Deblock), comme l’agacement croissant de son ami Chrysalde (Luc-Antoine Diquéro), en sont de parfaits contrepoints. Les serviteurs d’Arnolphe, chargés d’élever d’Agnès, Alain (Igor Skreblin) et Georgette (Chani Sabaty), réjouissent par leur fausse naïveté paysanne et leur complicité intéressée dans le mariage arrangé. Chacun croit manipuler l’autre, pour le meilleur… et pour le rire.
Sans dévoiler la fin, le décor qui se transforme peu à peu en échiquier piégé — semblant se refermer sur Agnès mais en réalité sur Arnolphe — offre une image forte : celle d’une maison de l’Ancien Temps que la mise en scène de Renucci fait littéralement exploser.
Cette liberté assumée permet d’utiliser Molière sans le trahir, tout en tendant bel et bien un miroir à notre société. La pièce, revisitée, amplifie l’invitation de Molière à réfléchir au pouvoir des femmes et à leur affranchissement face à des diktats masculins toujours présents. Porté par un metteur en scène et un acteur principal qui en soulignent la portée, le propos n’a jamais semblé aussi actuel.
L'Ecole des Femmes De Molière Mise en scène Robin Renucci Avec Juliette Cahon – Agnès François Deblock – Horace Francois Morel – Arnolphe Luc-Antoine Diquéro – Chrysalde Sven Narbonne – Le notaire, Enrique Igor Skreblin – Alain, Oronte Chani Sabaty – Georgette Scénographie Lisa Navarro assistée de Margaux Nessi Création lumière Sarah Marcotte Costumes Benjamin Moreau Création son Antoine Richard Régie générale Jean-Luc Malavasi Assistanat à la mise en scène Sven Narbonne Fêtes Nocturnes de Grignan - Du 22 juin au 24 août Puis en tournée Plus d'infos ici !