La Fille de Don Quichotte : L’hommage bouleversant de Clémence à Jean

Dans La Fille de Don Quichotte, son auteure et interprète raconte Jean, pas Jean Rochefort. Elle raconte un père, pas une légende. Et c’est précisément cette sincérité — cette manière de ne jamais se cacher derrière l’aura de l’artiste — qui donne au spectacle sa force : une transmission à hauteur d’enfant devenue adulte, un geste d’amour filial qui ne s’excuse jamais d’être tendre.

Une enquête intime au cœur d’un trou de mémoire

Dans le cabinet d’un psy (c’est la voix de Sabine Azéma, on la reconnaît tout de suite, qui en remplit la fonction), une jeune trentenaire tente de comprendre le trou de mémoire dont elle est victime, en l’an 2000 (elle n’a alors que 8 ans).

C’est aussi celle du tournage avorté du Don Quichotte de Terry Gilliam, que son père a vécu comme une marque au fer rouge.

Pourquoi chez elle cet oubli ? Que protège-t-il ? En cherchant la réponse, elle revisite l’histoire personnelle et artistique de son père, ses doutes, ses angoisses, sa fantaisie, son humour, sa poésie — tout ce qu’il lui a transmis sans jamais le formuler.

Ce voyage intérieur devient alors un récit universel : comment grandit-on auprès d’un homme qui vit dans la fiction et qui avance avec panache mais aussi avec fragilité dans le monde de la réalité ? Il n’en reste pas moins un père sensible et exigeant.

Une interprète maîtresse du temps, de l’espace et de l’émotion

Ce qui frappe immédiatement, c’est la présence et la maîtrise de jeu de Clémence Rochefort. Elle est la gardienne des horloges, la narratrice qui prend son temps — mais jamais le nôtre.

Sur scène, on la découvre fragile et forte à la fois. A travers son récit les objets de l’enfance, les ombres chinoises ou les images d’archives deviennent autant de portes vers Jean.

Et soudain, il est là. Pas le monument national : le père, avec ses blessures, ses doutes, son élégance cabossée.

Une mise en scène délicate et attentive

Valentin Morel signe une mise en scène qui épouse parfaitement la pudeur du récit. Avec la complicité talentueuse d’Emmanuelle Phelippeau-Viallard, le recours aux accessoires, aux jeux d’ombre ou aux projections, permet de créer un espace intime où la mémoire circule librement.

Il donne chair à cette enfant qui a grandi mais continue de jouer à son père. C’est l’un des plus beaux gestes du spectacle lorsque Clémence pose sur son visage la moustache de Jean. La ressemblance est si frappante qu’un frisson nous traverse : la transmission devient incarnation.

Un univers artistique riche et singulier

On ressort profondément ému de ce seule-en-scène. Ému par la sincérité. Ému par la finesse de l’écriture. Ému par la justesse du jeu. Ému, surtout, d’assister à l’éclosion d’un talent, de l’ombre à la scène qui conjugue humour, poésie, humilité et émotion avec une maturité remarquable.

Indéniablement l’une des perles du OFF d’Avignon 2026 (si ce n’est peut-être LA perle). Vous voici prévenus !

PS : A noter que le texte de la pièce vient de paraître tout récemment à l’Avant-Scène Théâtre.

affiche-lfddq-17910La Fille de Don Quichotte
De et avec Clémence Rochefort

Mise en scène : Valentin Morel
Régie : Emmanuelle Phelippeau-Viallard

20h50 - Théâtre au Coin de la Lune

Du 04 au 25 juillet 2026 - relâches les 8, 15 et 22 juillet

1 rue Séverine
84000 Avignon
Tel : 04 90 86 96 28

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