Critique cinéma: Cessez-le-feu

Cessez-le feu, premier long métrage d’Emmanuel Courcol, est à l’image de son interprète Romain Duris, d’une rare beauté, violente et organique. Il ne s’embarrasse jamais du carcan « film d’époque » (le film se déroule après la première guerre mondiale) même si l’image reste constamment réaliste. Envoûtant et parfaitement maîtrisé, c’est un  film qui reste dans nos esprits bien longtemps après son visionnage.  

On a beaucoup parlé de la première guerre mondiale et de son impact sur ses soldats, de retour du front, cachant ou non des séquelles indélébiles. Toutes les classes sociales ont été touchées et ainsi, le souvenir d’un grand-père, ayant combattu comme soldat restait solidement ancré dans l’histoire familiale de tous.

Emmanuel Courcol qui a dédié son film à son grand-père Léonce, s’est inspiré de ce dernier qui, a poursuivi son existence après, comme si de rien n’était, n’évoquant jamais cette période de sa vie.

Mais le parti pris d’Emmanuel Courcol est intéressant dans le sens où il fait démarrer véritablement son intrigue, cinq ans après le premier conflit mondial. De ce point de vue, c’est une époque particulière, assez peu montrée au cinéma. La société française a choisi d’oublier cette époque si meurtrière en s’étourdissant dans le jeu, le divertissement. Les soldats sont mêmes pointés du doigt par les jeunes des années 20, alors que quelques années à peine les séparent.

Après cinq ans d’errance et de petits trafics en tous genres, pour tenter d’oublier, en Afrique, dans cette région également vierge de toutes caméras dans l’histoire du cinéma, Georges (Romain Duris) rentre à Nantes pour retrouver sa mère et son frère Marcel (magistral Grégory Gadebois), invalide de guerre et muré dans le silence, vivant avec le fantôme de leur frère aîné, soldat fauché par la mort, son corps jamais identifié par l’Armée, comme si son sacrifice n’avait jamais compté…

Sallette_et_Duris_Campagne_c__Alberto_Bocosgil_Polaris_Film_Production

Un film de l’indicible, touchant et juste

Cessez-le-feu filme l’indicible et pourtant, c’est avant tout un film fort, optimiste, porté sur la reconstruction : celle de Georges qui doit retrouver sa place dans la société comme dans sa famille, celle de Marcel qui doit retrouver la parole après avoir vécu l’imaginable, celle d’une mère qui retrouve dans ses fils des hommes différents, totalement bouleversés par ce premier conflit mondial, celle d’Hélène (magnifique Céline Sallette), cette professeure de langue des signes, enfin, qui va autant faire de bien à Marcel qu’à Georges.

Emmanuel Courcol, fin scénariste (il a également collaboré avec Philippe Lioret dans l’écriture de plusieurs de ses films : Mademoiselle, L’Equipier, Welcome, Toutes nos envies), donne une vraie dimension psychologique à ses personnages principaux comme à ses personnages secondaires. Une délicate partition à jouer, défi que relèvent haut la main tous ses comédiens, jusqu’à ce personnage de jeune veuve de guerre, Madeleine (superbe Julie-Marie Parmentier), attachée au personnage de Marcel, malgré son handicap.

Le jeu requis par ce récit est plus intériorisé que jamais, plus épuré. En cela, Romain Duris est une fois, de plus impressionnant. Son travail physique très important est véritablement au service de cette âme tourmentée, qui a besoin de ce parcours initiatique complexe pour mieux se libérer.

L’image des extérieurs (cette Afrique, loin des clichés misérabilistes européens, est filmée avec un profond respect ; celle d’une province française dans les années 20, tout aussi réaliste) est aussi soignée que celle des intérieurs mais aussi des non-dits des personnages.

La poésie et le réalisme ne sont pas incompatibles. C’est ce que nous prouve ici avec brio Emmanuel Courcol et toute son équipe.

Cessez-le-feu

Un film écrit et réalisé par Emmanuel Courcol

Image: Tom Stern

Avec Romain Duris, Céline Sallette, Grégory Gadebois, Julie-Marie Parmentier, Maryvonne Schiltz, Wabinlé Nabié...

Sortie nationale: le 19 avril

 

Post A Comment