Critique théâtre : Skorpios au loin

De bien célèbres fantômes se côtoient aux Bouffes Parisiens (Jean Gabin, Jean Cocteau, Michel Simon, Jean Marais, Sacha Guitry, Jean-Claude Brialy, etc), comme en témoigne le hall d’entrée du théâtre. En ce moment, ils ont été rejoints sur scène par ceux de Winston Churchill et de Greta Garbo, incarnés avec maestria par Niels Arestrup et Ludmila Mikaël.

Skorpios au loin, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre. Celle de deux figures emblématiques du XXème siècle : l’immense et historique Winston Churchill et l’incandescente et cinématographique Greta Garbo.

Jean-Louis Benoit, pour rendre cette rencontre inoubliable sur scène, la met en scène avec beaucoup d’élégance et d’efficacité grâce à cet espace de jeu immuable et animé à la fois : ce ponton d’un navire de croisière, sur deux étages. Les subtils jeux de lumières permettent au public de mieux se concentrer sur l’intrigue et savourer le jeu des comédiens.

Il s’agit bien ici de véritable saveur pour le spectateur car le jeu ici est de haut vol. En Winston Churchill, ce Vieux Lion, toujours combatif malgré un fauteuil roulant, Niels Arestrup s’est entièrement mué. Il est pour ainsi dire méconnaissable. Touchant et charismatique à la fois.

Beau duel et grand duo

Ludmila Mikaël incarne Greta Garbo, celle qu’on surnommait « Le Sphynx » (tant cette comédienne avait su conserver un véritable mystère autour de sa vie privée et son retrait de la vie publique) avec autant d’émotion que de glamour. C’est un personnage qui « se livre », « se confie », tout en cherchant à fuir par moments, à se préserver du regard perçant de son interlocuteur.

L’intrigue se déroule en 1959, dans le yacht d’Aristote Onassis, le Christina O. Parmi les autres convives, il y a la Callas que les personnages évoquent avec une complice moquerie.

C’est une période charnière que celle choisie par Isabelle Le Nouvel pour raconter son histoire. Ses deux héros semblent appartenir à l’Ancien Monde, celui que la Seconde Guerre Mondiale a tout saccagé. Le yacht n’est pour eux qu’un lieu de retraite, fugace mais délicieux. Un moment suspendu, avant de se confronter à nouveau à cet avenir incertain qui ne leur ressemble plus.

Un « instant de grâce » que Jean-Louis Benoit s’empare avec subtilité et que ses comédiens incarnent, dans les moindres questionnements de leurs personnages : sur le cours de l’Histoire qui se répète avec ses barbaries, la notoriété inutile d’Hollywood, l’extrême solitude ressentie par un artiste ou une figure historique emblématique.

C’est un beau duel et un grand duo que composent ici Niels Arestrup et Ludmila Mikaël, un moment rare de théâtre à ne surtout pas manquer.

Skorpios au loin

AUTEUR Isabelle LE NOUVEL

MISE EN SCÈNE Jean Louis BENOIT

PHOTO Céline Nieszawer

AVEC Ludmila Mikaël - Niels Arestrup - Baptiste Roussillon

Théâtre des Bouffes Parisiens

Jusqu’au 31 décembre 2018

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