Guillaume Canet : tout sauf Kleenex !

Je sors à peine de la rencontre organisée par François Bégaudeau au Gaumont Parnasse pour mettre à l’honneur le travail du comédien et du réalisateur Guillaume Canet, à la tête du box-office français ce mois-ci avec Les Petits Mouchoirs. En l’espace de trois heures (oui vous avez bien lu!), ce dernier va revenir sur les moments forts de son parcours. Pudique, il ne mentionnera qu’à peine Marion Cotillard, sa compagne, nous promettant tout de même la prochaine écriture d’un long métrage où le rôle principal sera féminin… Tiens, tiens !

François Bégaudeau n’est pas un journaliste complaisant et celui qui a génialement réalisé Entre les murs (Palme d’or à Cannes!), sait de quoi il parle en matière de réalisation. Aussi il s’autorise des moments de critique à l’égard des Petits Mouchoirs (malgré son surprenant succès au box-office), qu’assume volontiers Guillaume Canet qui n’hésite pas à défendre ses choix: la scène d’introduction en (faux) plan-séquence (cette impression que le temps passe lentement avant l’interruption brutale de la scène par l’accident) comme métaphore de la perte d’un être cher qui arrive subitement sans retour en arrière possible.

Tout ce temps perdu que l’on reproche souvent dans ce film à son auteur ne l’est pas, bien au contraire, selon ce dernier: la scène du dénouement (qui dure une demi-heure rappelle Guillaume Canet tout sourire) répond à la scène d’introduction avec une lenteur voulue, comme tentative d’exutoire. La caméra est là avec ces personnages (des gens plutôt égoïstes, lâches, une communauté bien ancrée dans notre époque) pour les accompagner dans cette nouvelle étape de leur amitié, dans cette nouvelle page qui se tourne. Et même dans le travail de préparation du rôle avec les comédiens, il y a cette rare volonté de prendre son temps (comme au théâtre) pour se mettre « à la table » et creuser ensemble le texte.



Etre réalisateur avant toute chose

Etre réalisateur de films, c’est le premier rêve de Guillaume Canet, celui qui va le guider tout au long de son parcours… de comédien ! Car en s’inscrivant au Cours Florent « pour apprendre le métier », il s’aperçoit surtout que ce qui l’intéresse principalement c’est le fait de raconter des histoires. En tant que comédien, Guillaume Canet n’a pas la même assurance qu’en tant que réalisateur. « Comédien, je me suis souvent senti comme une vraie imposture, alors qu’en tant que metteur en scène, je savais vraiment ce que je voulais faire, vers où je voulais aller. »

Les premières propositions de rôles ne tardent pas à affluer car « ce physique de jeune premier bon sous tout rapport » et le naturel évident de ce dernier devant la caméra, plaît aux producteurs. Le succès frappe très vite à sa porte mais comme le rappelle l’intéressé, « ce que ce milieu te donne en t’élevant très rapidement, il peut te le reprendre tout aussi vite. »

Moment de « down » total: l’après Vidocq. Le film est un flop que l’on ne tarde pas à imputer au jeu de son comédien. C’est la grosse claque à la lecture des critiques! Plus jamais Guillaume d’ailleurs ne les lira. En attendant pendant un an, pas de scénario dans sa boite aux lettres. Et si c’était le moment pour accomplir enfin son rêve? Guillaume Canet, qui s’est auparavant essayé au court métrage, n’a rien à perdre… et tout à gagner!

Il écrit et réalise Mon idole, satire féroce du milieu des médias et rôle en or pour un Berléand inédit, drôle et détonnant à souhait. Ce premier film est un succès et possède déjà en germes la réflexion du cinéaste sur la façon de raconter son histoire (l’emploi privilégié du plan-séquence pour planter le décor, notamment). Mais le milieu professionnel n’est pas rassuré: ce succès de premier film est un succès d’estime. Point barre. « Attention Guillaume, plus dure sera la chute! »

2006, Guillaume adapte un thriller très attendu, Ne le dis à Personne. Il n’a pas peur de placer la barre encore plus haut avec une séquence d’anthologie où François Cluzet traverse le périphérique à pied (une séquence tournée en seulement cinq heures, comme le rappelle son réalisateur). Les images font froid dans le dos. A propos de Cluzet, sans hésitation Canet cite Audiard: « Heureux soient les fêlés car ils laissent passer la lumière ». François Cluzet,avant tout c’est un écorché vif. « Il a immédiatement accepté de me rencontrer après avoir lu le scénario, n’étant pas sûr d’être pris, alors que moi-même, je n’étais pas sûr qu’il accepte, » se rappelle en se marrant Guillaume Canet. Une collaboration qui sera récompensée par le César du meilleur acteur pour Cluzet!…

« Et si les techniciens allaient se sentir perdus et si mes comédiens ne comprenaient pas mes intentions, etc… ? » D’où une surprise plus qu’immense face au succès de son film (qui approche les 5 millions en l’espace d’un mois!). Comment tous ces gens se sont appropriés ses doutes, sa souffrance, sa réflexion sur la lâcheté d’une petite communauté ? Tout cela tient du plus total mystère pour son auteur.

Affairé, comme toujours, Guillaume Canet s’avoue un peu fatigué par son récent voyage à New York. « Je suis ravi d’être là, je vous rassure, c’est juste un peu de fatigue qui me fait parler comme un zombi. » Une fatigue mêlée d’excitation car en ce moment Guillaume Canet peaufine le scénario de son prochain long métrage, le remake des Frères du sang (où il jouait avec François Cluzet) à New York. Et pour co-scénariste, Guillaume Canet a demandé de l’aide à… James Gray (Little Odessa, Two Lovers)! Un film à l’américaine mais produit avec des moyens européens, histoire d’avoir toute la liberté d’écriture et de réalisation que les studios hollywoodiens n’offrent pas malgré leurs belles promesses pailletées.

Guillaume Canet, l’homme de cinéma par excellence

« Mettre du vrai dans du faux », c’est ce que recherche avant tout ce cinéaste et comédien exigeant et passionné qui sur un plateau traque souvent l’élément du quotidien, ce qui va rendre la scène la plus réaliste possible. « Paradoxalement dans ce qui peut sembler être le métier le plus faux, c’est dans cela que la sincérité peut être la plus intéressante à trouver. »

Si je n’ai personnellement pas aimé Les Petits Mouchoirs, je ne peux toutefois cracher sur la démarche artistique de cette personnalité complexe et incontournable du cinéma français qu’est Guillaume Canet, homme de cinéma par excellence, à la fois bosseur, pleinement immergé dans sa passion de tous les instants pour le septième art et membre éminent de ce milieu professionnel pas évident.

C’est un artiste qui garde un regard critique sur son milieu (Mon Idole) voire sur la société contemporaine (Mon idoleLes petits mouchoirs), en éprouvant aussi des doutes, des moments de fatigue ou de forte remise en question. Un sillon creusé à suivre, toujours plus excitant avec le temps qui passe…

Un grand merci à Sandra Mezière, la fée qui m’a permis d’assister à cette rencontre fort riche.

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