Cinéma : L’Ombre de Staline

Présenté à la Berlinale l’année dernière, ce film très attendu, arrive enfin sur nos écrans français. Le comédien britannique James Norton le porte sur ses épaules avec brio tandis que la caméra d’Agniezska Holland nous plonge dans un récit haletant dans la Russie et l’Ukraine des années 1930, sujet méconnu au cinéma.

Gareth Jones est un jeune journaliste passionné, travaillant jour et nuit d’arrache-pied pour le premier ministre anglais Lloyd George. N’ayant peur de rien, il a même a obtenu un entretien avec Hitler lors de la récente ascension au pouvoir de ce dernier.

L’appel téléphonique d’un ami journaliste, correspondant en Russie, l’intimant de venir le rejoindre en raison d’un scoop, le pousse à traverser toute l’Europe pour gagner le Moscou de Staline. Il se prend à rêver tout haut de rencontrer Staline pour une interview exclusive (après Hitler, why not ?). Mais à Moscou, bien sûr, rien ne va se passer comme prévu…

L’Ombre de Staline est à bien des égards un grand film. D’abord par son sujet : celui de raconter la famine en Ukraine imposée par Staline et qui décima des millions d’hommes et de femmes en toute impunité. Mais aussi par l’angle dont le sujet est raconté : celui de montrer, à travers la figure de ce jeune journaliste « débutant » certes mais déterminé, la façon dont les gouvernements de concert avec la presse peuvent facilement manipuler l’opinion publique. Les « fake news » ne datent pas d’hier…

Ce que l’on y découvre est vertigineux…

James Norton qui peut incarner sans sourciller, un immonde serial killer dans la série Happy Valley ou un charmant pasteur détective dans la série Grantchester, est ici une fois de plus épatant. Tout au long du film et dans des conditions de tournage souvent difficiles, il insuffle toute sa jeunesse, tout son enthousiasme pour son métier dans un premier temps et toute son émotion, son profond effroi et sa détermination à dévoiler la vérité à ce personnage de journaliste, qui somme toute n’est pas évident à jouer.

D’autres comédiens talentueux entourent le jeune héros et incarnent cette époque trouble comme Peter Sarsgaard qui joue le surprenant rédacteur en chef américain Walter Duranty ou sa secrétaire, la fragile (mais seulement en apparence !) Vanessa Kirby.

Agnieszka Holland à qui nous devons Europa Europa, Total Eclipse (avec Leonardo DiCaprio dans le rôle de Rimbaud), entre autres, sait choisir une histoire forte et méconnue et la raconter dans toutes ses subtilités, dans un rythme toujours soutenu et un très beau travail de l’image.

Rappelons encore que le thème de la tragique famine ukrainienne voulue par Staline a été injustement peu traité au cinéma. Comme le fait de voyager pour un européen de l’époque dans ces contrées russes, archi contrôlées par l’état. Avec la caméra de Holland, on foule un terrain cinématographique vierge et ce que l’on y découvre est vertigineux.

L'ombre de Staline

de Agnieszka Holland

Avec James Norton, Vanessa Kirby, Peter Sarsgaard...

Sortie en salles le 18 mars

 

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