Critique Cinéma : Ceuta, douce prison

Au nord du Maroc, dans l’enclave espagnole de Ceuta, le sort de migrants venus d’Afrique mais pas seulement, est de plus en plus préoccupant. La récente tragédie de Lampedusa a peut-être permis d’alerter récemment les consciences sur la dramatique question de l’immigration clandestine. Mais avec ce documentaire vissé au réel, sans voix-off bienveillante, attentif au récit de chacun des parcours, la question-même de l’intérêt d’atteindre l’Europe est ici posée…

Jonathan Millet et Loïc H. Rechi ont passé plusieurs semaines à Ceuta avant de commencer à filmer la vie de ces migrants venus d’Afrique et même d’Inde. Une immersion en douceur qui leur a permis de se faire accepter par la communauté des migrants, qui, face à la caméra se livre progressivement à cœur ouvert.

La principale activité de ces migrants à Ceuta est la marche. Avant de décrocher un laissez-passer pour l’Europe, il peut se passer des mois voire des années. Une attente chaque jour plus traumatisante et que les migrants tentent de combler à travers de petits travaux d’appoint (nettoyage de voitures dans les parkings, aide au stationnement, aide à la manutention à la sortie des supermarchés).

Leurs sourires confus face à tant de déchéance nous bouleversent littéralement. Car ce ne sont pas simplement de maigres piécettes récoltées quotidiennement auprès de la population espagnole mais bien souvent aussi de nombreux sarcasmes voire injures raciales.

Ceuta, douce prison filme les destins de Simon (Camerounais), Marius (Camerounais), Iqbal (Indien), Guy (Cameroubais) et Nur (Somalien). La caméra suit à la fois leur marche forcée dans Ceuta, sous un soleil de plomb mais surtout le fil de leurs pensées les plus intimes, leurs réactions souvent embarrassées à la réception d’un coup de téléphone provenant d’un membre de la famille qui souhaite prendre de leurs nouvelles.

Le vrai visage des migrants

Comment garder le moral vis-à-vis de ses proches qui n’imaginent pas une seconde les réelles conditions de vie du CETI, ce centre d’hébergement des migrants complètement dépassé par sa surpopulation ?

Entassés dans des chambres microscopiques, les migrants, pour certains, en viennent à regretter tout ce périple accompli pourtant effectué souvent pendant plusieurs mois, au péril de leurs vies. Le documentaire se fait ainsi l’écho des fréquents mauvais traitements réalisés par des passeurs qui, moyennant des sommes colossales font passer les migrants dans des containers souvent sans boisson, électricité, nourriture, pendant plusieurs jours, faisant fi de toutes considérations humaines.

Ceuta, douce prison ne cherche pas l’effet. C’est un documentaire sobre, intense par ce qu’il se concentre en permanence à témoigner de la vie de ces migrants, à leur rendre un véritable visage, une dignité retrouvée.

Dans ce cauchemar que tous soulignent comme temporaire, pour ne pas perdre pied, le documentaire se fait aussi l’écho de cet espoir fou qui traverse chacun des migrants chaque jour : obtenir ce précieux laissez-passer qui permettra de refaire sa vie en Europe et d’améliorer la vie des siens restés dans le pays d’origine.

 Ceuta, douce prison
 
De Loïc H. Rechi et Jonathan Millet
Image: Jonathan Millet
Son : Mikael Kandelman
Montage: Matthieu Augustin
Assistante montage: Afsaneh Salari
Musique: Wissam Hojeij
Photos: Clara Guillaud
Production: Zaradoc Films
Distribution: Docks66
 
Sortie le 29 janvier 2014
 
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